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samedi 11 août 2012

La Meije - Chapoutot Dibona

Vendredi 10 Août avec Laura nous sommes montés au refuge du promontoire pour réaliser une combinaison de deux voies qui s'enchainent logiquement dans la face sud de la Meije: Il s'agit des voies "Chapoutot-Wyns" et "Mayer-Dibona" à la troisième dent. Cet été c'était le centenaire de la première voie ouverte dans la face Sud: La Mayer-Dibona, c'est pour nous un bon alibi pour revenir au si charmant refuge du promontoire




Une montée sous un soleil radieux par les enfetchores nous laisse entrevoir cette belle face nord.
montée par les Enfetchores
de la brèche de la Meije

le promontoire
À l'inverse de ce que nous avions fait pour la Pierre-Allain, nous ne prenons pas les rappels du crapeau pour écarter le risque de coincement de corde que présente cette zone; de plus en arrivant par le bas on a une bonne perspective de la face.

Avec le désir d'être rapide je m'élance chronomètre accroché au baudrier, dans la première partie de la voie: "Chapoutot-Wyns". La semaine qui précède j'ai bien grimpé dans le massif du Mt Blanc sur le granite qui le caractérise; en résulte ici une grimpe avec peu de protections et le désir d'être efficace dans cette difficulté.


Qu'est ce que l'efficacité en Alpinisme sinon la faculté à conjuguer: la vitesse de grimpe de la cordée, le bon choix de l'itinéraire, l'expérience, le niveau technique. Comme beaucoup, j'aime une course qui se déroule sans problème avec un bon timing. S'il est un milieu où l'humilité prime c'est bien en montagne et régulièrement les choses ne s'y passent pas comme prévu...

premières longueurs


le peu de matériel en place dans les grandes longueurs nécessite une bonne lecture de l'itinéraire






La Chapoutot-Wyns présente une escalade assez grisante car relativement exposée. Bien que d'une difficulté modérée les longueurs offrent souvent des passages engagés en V, où sur 20-30 il n'y a aucune protection. L'expression grimper au dessus du point prends alors tout son sens...

nous sommes visibles sur cette photo prise de la Pierre Allain.
photo: Rémi Bacot

petit coup de Zoom.
photo Rémi Bacot
Un bruit étrange se fait entendre. Au début nous pensons à un avion et levons naturellement la tête puis surgit à notre gauche du couloir Zigmondy un nuage de poussière accompagné de blocs rocheux volants de toutes part. L'éboulement est conséquent.

what the hell??!
photo: Rémi Bacot
Toujours léger et détendu je suis dans une longueur en V dans laquelle je cherche mon cheminement. Le rocher compact laisse entrevoir peu de matériel quand soudain une vingtaine de mètres au dessus de moi je discerne deux pitons à proximité de quelques rochers gris. Cette longueur permet d'accéder au second V+ de la voie. Mon dernier point se situe 20-30m derrière moi, un camalot violet à moitié rentré.

Soudain, en m'approchant de cette endroit je décroche un bloc rocheux faisant quasiment ma taille. Ce dernier s'arrache avec lenteur, se brise en deux, me tombe dessus sans élan et dans un geste de défense je lâche une prise pour me protéger. Une partie de ce bloc tombe sur ma main droite et me racle l'autre avant d'aller s'écraser au bas de la face. Dans un déséquilibre total je manque d'être emporté. Une chute à cet endroit aurait eu des conséquences dramatiques. Laura située à un relais désaxé ne verra passer que le rocher heureusement.

À ce stade les choses changent pour moi. Je ne pense plus au chronomètre mais à ma main enflée qui saigne et avec laquelle je peine à serrer les prises. L'escalade devient très douloureuse mais l'idée de redescendre ne nous effleure pas l'esprit.



La liaison avec la Mayer Dibona s'effectue par un passage scabreux où nous devons remettre les grosses. Elle  présente des longueurs en dièdres/Cheminée où la glace est omniprésente. L'escalade bien que techniquement facile requiert de la concentration. Nombreux sont les rochers branlants qui ne demandent qu'à tomber.

la Mayer Dibona
Aux 2/3 de la voie je n'ai plus d'eau. La douleur, la déshydratation auront un impact non négligeable sur ma lucidité. Plusieurs fois je commet des erreurs d'itinéraires nous coutant un temps considérable.

Aussi étrange que cela puisse paraître je me connais assez bien dans ce genre de situation: avec une fatigue importante ou blessé; comme durant l'hiver 2008, où j'ai chuté en mixte en Auvergne sans protections. Sans téléphone avec mon second, j'ai marché 3h avec le péroné cassé pour revenir à la voiture.

L'heure n'est plus à la performance du chrono; il n'y en aura pas, les conditions ne sont plus réunies. La course prend alors un autre angle: Boucler la boucle...





le rocher laisse à désirer dans la partie supérieure


Notre timing est mauvais, les minutes nous échappent. Ma main me lance des douleurs aigus lors des rotations de poignet et quand je pousse avec le plat.

Les nuages enveloppent peu à peu la Meije,  le soleil couchant rougit les sommets.

Avec Laura nous arrivons au pieds de la dernière longueur: la fissure Stofer. C'est un dièdre qui débouche sur l'arête sommitale. Je gravi cette belle longueur totalement absorbé par l'escalade et l'ambiance qui en découle.

En dessous le vide dans lequel les nuages s'accrochent désormais. La douleur disparait un instant pour laisser place à la grimpe. Le plaisir revient, tout s'enchaine parfaitement. Mon sac à dos m'aspire dans les parties déversantes vers ce vide omniprésent. Je prend pieds sur la troisième dent perchée dans le ciel.

Le vent du nord souffle, il fait froid, Laura me rejoint, la joie explose au sommet.

Debout sur les arêtes nous sommes témoins de la magie des lieux: la montagne s'embrase au grès des lueurs du crépuscule. Les nuages empourprés virevoltent dans la face Sud. Au fond je suis presque heureux d'être arrivé à cette heure-ci... la Meije est tellement belle ainsi...

C'est une très belle voie et nous avons bouclé la boucle, malgré la mauvaise tournure que les choses avaient pris.

Nous rejoignons le doigt de Dieu et entamons les rappels de nuit. L'arrivée au refuge de l'Aigle sera tardive.
Nous retrouvons Damien et Rémi qui ont parcouru quant à eux la Pierre Allain. Mon taux de validité diminuant au fur et à mesure que ma main se refroidit, ce sera Rémi qui m'ouvrira la bouteille d'eau!



Bravo à Laura qui s'est élevée sur sa montagne préférée une fois encore.
Bien entendu MERCI AUX GARDIENS du Promontoire et de L'Aigle


matériel utilisé:
- 2 X 60m Ice Twin
- Alien (0,65 0,75 0,95 Basic Cam size) + Camalot 0,5 0,75 1 et 2
- cablés
- 10 dégaines
- marteau piolet pour éventuellement retaper les pitons
- sangles
- crampons 

Enfin pour terminer et mettre à l'honneur le refuge du Promontoire, je vous invite à regarder cette vidéo bien faite sur ce lieu si beau et particulier.


Promontoire par jymets

2 commentaires:

JYD a dit…

Hé bien, le moins que l'on puisse dire, c'est que cette voie se termine au mieux... J'ai eu peur pour vous, à la lecture de ton récit...

JYD a dit…

Ouf ! Vous avez eu chaud, et on peut dire maintenant que vous avez terminé "au mieux", et non pas dramatiquement... Faut plus nous faire peur comme ça, hein ?!? Bravo pour ton courage